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Tout Tadao Ando au Centre Pompidou

Béton lissé, formes géométriques simples, intégration des éléments naturels, les caractéristiques du travail de cet architecte japonais forment la quintessence des constructions d’aujourd’hui. Un modèle d’inspiration à visage humain pour de nombreux autres bâtisseurs.
par Agnès Zamboni, le 5 November 2018

En toute nudité !

Ancien boxeur professionnel, Tadao Ando s’est formé à l’architecte au milieu des années 1960 en commençant par voyager à travers le monde. Après ces voyages initiatiques, il crée son agence à Osaka en 1975. Ses premières créations simples et basiques vont à l’encontre des créations de l’époque remplies de technologie. Lumière et eau, dispositifs spatiaux qui interagissent avec le corps, Tadao Ando crée des espaces nus, épurés, intemporels, débarrassés du superflu où seul compte le « lien entre dimension, hauteur, surfaces et volumes tridimensionnels » : ce que j’ai senti en observant des églises romanes… c’est que seule la lumière était l’espoir. J’ai créé l’Eglise de Lumière en me demandant si le symbole de la communauté, ce n’était pas la lumière. L’architecture consiste à créer des lieux pour la communauté. Je réalise mes architectures en me demandant comment je pourrais concevoir des choses qui restent gravées dans l’âme des hommes pour l’éternité. » La conception de l’architecture de Tadao Ando dépasse les modes pour aller vers l’essentiel.

La maison Koshino (1981-1984) intégrant la notion de « ma » qui signifie tout à la fois l’intervalle, la durée, la frontière et soulignant la condition essentielle de l’homme.
©Shinkenchiku-Sha

Une carrière dense

Tadao Ando a réalisé plus de 300 projets en 50 ans de création. En 1995, il a reçu le prestigieux Prix Pritzker. Parmi ses projets les plus remarquables, la maison Azuma à Sumiyoshi (1976), Naoshima (de 1998 à aujourd’hui), l’Eglise de Lumière (1989) ou encore la future Bourse de Commerce à Paris (automne 2019). L’exposition ne présente que 50 projets majeurs avec 180 dessins et 70 maquettes originales. Elle est articulée autour de 4 grands thèmes : la forme primitive de l’espace, le défi de l’urbain, la genèse du paysage et le dialogue avec l’histoire.

Intérieur de l’Eglise de la Lumière (1989) avec un dessin qui montre la trajectoire de la lumière. Fil conducteur de l’architecture de Tadao Ando, la lumière doit se glisser dans tous les lieux construits à divers endroits. Dans ce projet inspiré des églises romanes, l’architecte a travaillé pour que la lumière soit ressentie de différentes façons en fonction des visiteurs.
©Mitsuo Matsuoka, ET Tadao Ando Architect et Associates

Une maison manifeste

Cet architecte, dont la première maison datant de 1976 et a été baptisée la Guerilla House, a donné ses lettres de noblesse à la conception des habitations privées qui, à l’époque, n’étaient pas considérés comme des ouvrages d’architecture, contrairement aux grands bâtiments publics et collectifs qui, eux, recevaient tous les honneurs. Tadao Ando a d’ailleurs racheté sa première réalisation pour y installer son agence et a concentré son travail sur des petites maisons de moins de 100 m² et des architectures commerciales qui intéressaient peu les professionnels des années 1980. Sur la côte de Kobé, au Japon, il a réalisé des habitations collectives constituées d’un réseau d’unités de 5 mètres, mais avec un espace conçu différemment à l’intérieur. Entre habitat primitif, pour produire le vide contrairement aux sociétés occidentales qui privilégient le plein en architecture, cheminement et parcours spirituel avec la création de passages. Extensions de la rue tout en préservant l’autonomie des bâtiments, les créations de Tadao Ando sont en parfaite adéquation avec le monde actuel et ses besoins. Et comme le précise le vieil adage, il vaut mieux un petit chez soi qu’un grand chez les autres !

Contact :
Centre Georges Pompidou
75191 Paris Cedex 04
Tél. : 01 44 78 12 33
www.centrepompidou.fr

Première commande publique de Tadao Ando, la Pulitzer Arts Foundation (2001) à Saint-Louis. Le bâtiment a été modifié en 2014 pour augmenter de 50 % la capacité de la fondation et faciliter la circulation des visiteurs.
©Shinkenchiku-Sha

Centre Roberto Garza Sada Université de Monterrey (2012) situé dans le paysage montagneux du Nord-Est du Mexique. Cette structure monolithique et minimaliste de 6 étages sert de passerelle pour le campus et offre une vue imprenable sur la région.
©Shigeo Ogawa

Entouré d’un paysage tranquille, le Centre d’art culturel du village Liangzhu (2015) abrite un théâtre, une bibliothèque et une galerie tripartite. Dans le volume de l’escalier, les coupes triangulaires du toit permettent à la lumière naturelle de se déverser sur la surface en béton.
©Vanke

A gauche, Awaji-Yumebutai (1999) qui remodèle avec rigueur le paysage et les territoires à grande échelle. A droite, maquette de la Bourse du Commerce de Paris (2016), un projet en cours de réalisation qui dialogue avec l’histoire.
©Mitsuo Matsuoka, ET Tadao Ando Architect et Associates

Musée historique de Sayamaike (2001) à Osaka, construit sur l’ancien barrage du lac Sayama. Tout en faisant découvrir l’histoire de l’irrigation de la région, il sert aussi de réservoir d’eau pour contrôler le niveau du lac.
©Mitsuo Matsuoka

Musée d’art moderne de Fort Worth (2002) au Texas, composé de 5 pavillons, les pieds dans l’eau.
©Mitsuo Matsuoka

Colline du Bouddha (2015), un temple souterrain situé au Nord du Japon. Seule la tête de l’immense statue dépasse du sol.
©Shigeo Ogawa

Sur l’île de Naoshima, la Benesse House Oval et Museum Naoshima (1995), un des projets qui proposent un paysage re-naturalisé avec une géométrie en rapport avec la topographie de l’île et ses contours.
©Mitsumasa Fujisuka

Sur l’île de Naoshima, une architecture souterraine qui dialogue avec le paysage pour le musée d’art de Chichu (2004).
©Tadao Ando Architect et Associates

Rien que pour le plaisir une autre vue du musée d’art de Chichu (2004), située sur l’île de Naoshima.
©Tadao Ando Architect et Associates

A Venise, Punta della Dogana (2009), un musée dans les anciennes douanes de la ville et la zone triangulaire où le Grand Canal rejoint le canal de la Giudecca, à l’extrémité du quartier de Dorsoduro.
©Shigeo Ogawa

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